Interview DAMA Mahaleo Antso Valimbabena

04 juin 2018

Interview exclusive de Dama pour la sortie de son livre "VALIMBABENA"

MADA-IRADIO·SAMEDI 12 MAI 2018182 lectures

RLH Bonjour Dama, tous les lecteurs et auditeurs malgaches vous connaissent. Vous êtes un élu, un député, mais avant tout, vous êtes surtout connu comme étant membre du groupe Mahaleo, groupe engagé, qui a fait connaître au travers de ses chansons le quotidien des malgaches et leur lutte pour leur survie.

Dama Bonjour Lala Haingo, Effectivement le groupe Mahaleo a participé depuis bientôt 46 ans aux différentes manifestations populaires de 1972 à ce jour pour parler des malgaches et dénoncer les dysfonctionnements rencontrés dans notre pays.

RLH On peut le dire, vos chansons sont inter-générationnelles et chantées aussi bien par les jeunes que les moins jeunes. Vous êtes également sociologue et c’est à ce titre que vous avez tenu à apporter votre contribution, votre”anjara biriky” avec votre livre “VALIMBABENA”. Comment peut-on traduire le mot “Valimbabena” qui est une expression typiquement malgache ?

Dama Valimbabena peut être traduit littéralement par “le rendu au dos qui a porté”. C’est une coutume qui consiste à rendre aux pères et mères le meilleur que nous pouvons, car ils nous ont beaucoup apporté et donné. Ici, nous voudrions élargir ce principe à la terre qui nous a nourris et au pays, terre de nos mères, FIRENENA dans laquelle nous vivons.

RLH En quelque sorte, il s’agit d’un appel à notre redevabilité envers notre pays ?

Dama Cet appel au Valimbabena est né de la conscience que Madagascar nous a beaucoup apporté et donné et que nous lui en sommes gré. C’est un appel que nul n’oblige.

RLH Vous avez introduit le Valimbabena comme une coutume malgache, est-ce à dire que les personnes qui ne sont pas malgaches en sont exclues ?

Dama Aucunement, au contraire, c’est un appel qui ne met personne de côté : fille ou fils du pays ou ressortissant étranger, les zanatany ont leur place au même titre que les élites qui résident sur place ou à l’étranger, de même le simple citoyen ou le politicien.

RLH Le Valimbabena est donc écrit dans un esprit rassembleur ?

Dama Effectivement, c’est un appel qui ne divisera pas, mais fera le lien entre l’histoire d’antan, la réalité d’aujourd’hui et l’avenir.

RLH Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

Dama C’est un appel issu d’une réflexion sur soi-même mais également d’expériences tirées de l’histoire, un appel à tourner la page pour se redresser et prendre en main le présent et l’avenir pour ne plus être des suiveurs ou des passifs qui subissent, mais pour être de ceux qui s’approprient et assument le devenir du pays, pour en être responsable devant l’Histoire. Il s’agit d’un pari. Nous ne pouvons plus faire taire la voix de notre conscience profonde.

RLH Dama, si j’ai bien suivi, pour nous tous, il faut laisser derrière nous la page de la résignation et ouvrir la page du redressement.

Dama En effet,Aujourd’hui recèle les pieds de demain et les piliers de l’avenir”. S’il en est ainsi, la construction de demain a commencé hier, et ce que l’on n’a pu faire hier, on le continue aujourd’hui sans attendre le lendemain.

RLH Votre appel invite donc tous les citoyens à s’investir pour concevoir et mettre en oeuvre le redressement de Madagascar. Mais comment traduire une coutume en axe pour le redressement du pays ?

Dama Je souhaiterais juste exprimer ma pensée à travers des images à l’instar de ce que faisaient nos ancêtres quand ils voulaient expliquer une situation ou transmettre un message. Si l’on compare la construction du pays à la construction d’une maison, nous comprenons que nous avons été depuis longtemps dans une démarche inversée. Les choses ont toujours été pensées et érigées à partir du toit (le sommet) et redescendaient progressivement à la base. Ainsi, les fondations s’en sont trouvées fragilisées.

RLH Est-ce à dire que votre livre est une invitation ou une incitation pour tout homme et toute femme au redressement de Madagascar ?

Dama Le moment est venu d’impliquer tout un chacun, dans une oeuvre commune de redressement, de reconstruction, d’édification de Madagascar.

RLH Nous allons laisser les auditeurs et lecteurs découvrir votre livre lors des rencontres à venir à Paris, en province et au pays et nous continuerons nos échanges ultérieurement. Dama, le mot de la fin de ce premier échange.

Dama La construction du pays doit reposer sur des hommes et femmes et le pays doit être bâti par eux et pour eux. Ce sont ces hommes et ses femmes qui sont les bâtisseurs du pays.

Propos recueillis par Lala Haingo Rajaoarisoa